Dans l’univers cosmétique, le mot “naturel” possède une force immense.
Il rassure. Il évoque les plantes, les fleurs, les huiles, les rituels simples, l’idée d’un soin plus doux et plus respectueux. Beaucoup de personnes associent spontanément un ingrédient naturel à quelque chose de meilleur pour la peau, meilleur pour l’environnement, et plus cohérent avec une démarche responsable.
Pourtant, la réalité d’une formule cosmétique est souvent plus complexe.
Un ingrédient ne se résume pas à son origine. Il faut aussi regarder comment il est obtenu, quelle quantité de ressource il nécessite, comment sa filière est contrôlée, quelle est sa pureté, sa stabilité, sa tolérance, son efficacité réelle, et ce que sa production implique pour les écosystèmes.
Chez ANNA THYS, je ne voulais pas construire une marque fondée sur une vision simpliste du naturel.
Je voulais une approche plus exigeante : des formules pensées pour la peau, mais aussi pour le vivant dans son ensemble.
Le bisabolol est un très bon exemple de cette réflexion.
Le bisabolol : une molécule connue pour son intérêt apaisant
Le bisabolol, et plus précisément le (-)-α-bisabolol, est une molécule bien connue en cosmétique. Il est notamment utilisé dans des soins pensés pour les peaux sensibles, inconfortables ou facilement sujettes aux rougeurs, en raison de son intérêt apaisant.
Il est important de préciser une chose : le bisabolol n’est pas une huile essentielle.
C’est une molécule précise, qui peut être présente dans certaines huiles essentielles, mais qui peut aussi être isolée, obtenue par synthèse ou produite par biotechnologie.
Cette distinction est essentielle.
Une huile essentielle est un mélange complexe de nombreuses molécules aromatiques. Le bisabolol, lui, est un composé identifié. Selon son origine et son mode d’obtention, sa composition, sa pureté et son profil peuvent varier.
C’est là que la réflexion devient intéressante.
La camomille : une origine historique, mais pas une réponse automatique
Historiquement, le bisabolol est souvent associé à la camomille allemande, aussi appelée Matricaria recutita ou Matricaria chamomilla.
Cette plante est utilisée depuis longtemps en herboristerie et en cosmétique, notamment pour son image apaisante. Dans l’imaginaire collectif, la camomille évoque immédiatement la douceur. Elle semble presque évidente lorsqu’on parle de peau sensible.
Mais même une plante aussi familière mérite d’être regardée avec nuance.
Une fleur n’est pas seulement une matière première. Dans la nature, elle peut fournir du nectar, du pollen, ou participer à des interactions avec des insectes pollinisateurs. La camomille peut être cultivée, bien sûr, mais lorsqu’on raisonne à l’échelle de l’industrie cosmétique, la question n’est pas seulement : “cet ingrédient vient-il d’une plante ?”
La vraie question est aussi : comment cette plante est-elle produite ?
Est-elle cultivée ou récoltée à l’état sauvage ?
En quelles quantités ?
Quel volume de matière végétale faut-il pour obtenir l’actif recherché ?
Quelle purification est nécessaire ?
Quel impact cette production peut-elle avoir sur les milieux naturels ?
Cela ne veut pas dire que la camomille est problématique en soi. Ce serait trop simpliste.
Mais cela rappelle un point fondamental : le végétal n’est pas une ressource abstraite et infinie. Une plante fait partie d’un écosystème. Lorsqu’on l’utilise comme ressource industrielle, même avec de bonnes intentions, il faut se poser la question de son mode d’obtention.
Le naturel peut être précieux.
Mais il n’est pas automatiquement vertueux.
Le candeia : quand l’origine végétale pose des questions plus visibles
Le bisabolol naturel peut aussi être obtenu à partir du candeia, un arbre brésilien, Eremanthus erythropappus. Son bois contient une huile essentielle riche en (-)-α-bisabolol, ce qui en a fait une source importante pour l’industrie cosmétique.
Ici, l’enjeu devient beaucoup plus concret.
Des sources publiques ont documenté plusieurs questions autour de cette filière : rendement relativement faible, besoin d’arbres suffisamment matures, pression sur les populations naturelles, traçabilité et contrôle de l’exploitation.
Certaines sources rapportent qu’environ une tonne de bois de candeia peut donner seulement quelques kilos de bisabolol. D’autres publications expliquent que les quantités économiquement intéressantes concernent des arbres déjà matures, parfois âgés de plus de dix ans. L’exploitation d’arbres sauvages a aussi été documentée, avec des préoccupations liées à la durabilité de la ressource.
Encore une fois, il ne s’agit pas de dire que toute filière de candeia est forcément irresponsable.
Il existe des démarches de gestion, de certification, de culture et de traçabilité qui peuvent chercher à encadrer cette ressource. Mais le simple fait que ces enjeux existent suffit à poser une question importante : lorsqu’un actif naturel dépend du bois d’un arbre, de sa croissance lente, de son habitat, de sa gestion et de son exploitation, peut-on encore se contenter de dire “c’est naturel” comme si cela répondait à tout ?
Pour moi, non.
Un arbre n’est pas juste une matière première.
C’est un organisme vivant.
C’est aussi un habitat.
Une ressource pour des pollinisateurs.
Une partie d’un équilibre écologique.
Des études ont notamment montré que les fleurs de différentes espèces de candeia sont visitées par des abeilles. Cette information peut sembler secondaire, mais elle ne l’est pas. Elle rappelle qu’un arbre n’existe jamais seul. Il est inscrit dans un réseau de relations : insectes, sols, oiseaux, micro-organismes, autres plantes, cycles de régénération.
Quand on prélève une ressource végétale, on ne prélève pas seulement une “substance”. On intervient dans un monde habité.
C’est exactement ce type de réflexion qui est au cœur d’ANNA THYS.
Le problème n’est pas le naturel. Le problème, c’est l’automatisme.
Je ne crois pas qu’il faille opposer brutalement naturel et science.
Ce serait une autre forme de simplification.
Certains ingrédients végétaux peuvent être très pertinents, bien cultivés, bien sourcés, bien tolérés et parfaitement cohérents dans une formule. À l’inverse, certains ingrédients issus de procédés industriels peuvent poser d’autres questions.
Le problème n’est donc pas le naturel.
Le problème, c’est l’automatisme qui consiste à croire qu’un ingrédient est forcément plus respectueux parce qu’il vient d’une plante.
En formulation, chaque choix mérite d’être questionné.
D’où vient l’ingrédient ?
Comment est-il obtenu ?
Quel est son impact sur la ressource ?
Quelle est sa pureté ?
Quelle est sa stabilité ?
Quelle est sa tolérance cutanée ?
Est-il réellement utile à la formule ?
Existe-t-il une alternative plus cohérente ?
Ce sont ces questions qui m’intéressent.
Pas le marketing du “naturel” pour le naturel. Pas la technologie pour la technologie. Mais la recherche d’un choix plus juste, plus maîtrisé, plus cohérent.
Et le bisabolol synthétique ?
Le bisabolol peut également être obtenu par voie synthétique. Cette option peut offrir une disponibilité plus stable et un coût plus accessible, ce qui explique son intérêt pour une partie de l’industrie cosmétique.
Mais là encore, il faut entrer dans le détail.
Le terme “bisabolol synthétique” peut recouvrir différentes réalités. Certaines formes synthétiques classiques peuvent être des mélanges d’isomères, alors que la forme particulièrement recherchée pour son intérêt biologique est le (-)-α-bisabolol. Tous les isomères n’ont pas nécessairement le même profil d’activité.
Cela ne veut pas dire que tout bisabolol synthétique est inefficace. Ce serait faux et trop catégorique.
Mais dans la démarche ANNA THYS, il ne suffisait pas de remplacer une origine végétale par une origine synthétique sans réfléchir plus loin.
La question n’était pas seulement : “est-ce naturel ou synthétique ?”
La question était : quelle est la forme la plus cohérente avec l’ensemble de mes exigences ?
Une molécule précise.
Une origine mieux maîtrisée.
Une pureté élevée.
Une disponibilité plus stable.
Une moindre dépendance à l’extraction intensive de ressources végétales.
Une cohérence avec une vision plus globale du vivant.
C’est ce qui m’a menée vers une autre voie : la biotechnologie.
La biotechnologie : une autre manière de travailler avec le vivant
Pour ANNA THYS, j’ai choisi une forme de bisabolol issue de biotechnologie blanche, obtenue par fermentation à partir de sucres végétaux.
Ce point est important.
La biotechnologie n’est pas ici une manière de nier le vivant ou de s’en éloigner. Au contraire, elle repose sur un procédé biologique : la fermentation, à partir de substrats végétaux renouvelables.
Cette voie permet d’obtenir la molécule d’intérêt, le (-)-α-bisabolol, sans dépendre directement de l’extraction intensive du bois d’un arbre ou de grandes quantités de plantes.
Je sais que le mot “biotechnologie” peut parfois sembler très technique. Pourtant, dans certains cas, il permet justement une approche plus respectueuse de la ressource.
Il ne s’agit pas de créer une opposition caricaturale entre la plante et le laboratoire.
Il s’agit de comprendre qu’une molécule intéressante peut parfois être obtenue par un procédé biosourcé, plus maîtrisé, plus reproductible et moins dépendant de la pression exercée sur un écosystème.
La fermentation est un exemple de cette logique. Elle utilise des processus biologiques pour produire une molécule d’intérêt à partir de substrats renouvelables.
Ce choix n’a donc pas été fait pour m’éloigner de la nature.
Il a été fait parce que respecter la nature ne signifie pas forcément tout extraire d’elle.
Parfois, respecter le vivant, c’est aussi éviter de prélever lorsqu’une alternative plus maîtrisée existe.
Une formulation ne devrait pas être une accumulation d’actifs
Cet exemple du bisabolol dit quelque chose de plus large sur ma façon de formuler.
Je ne crois pas à une cosmétique qui accumule les actifs pour donner une impression de performance.
Je ne crois pas non plus à une cosmétique qui choisit les ingrédients parce qu’ils sont tendance ou faciles à raconter sur une étiquette.
Je crois à une formulation construite avec exigence.
Chaque ingrédient devrait avoir une raison d’être. Pas seulement une raison marketing, mais une raison formulatoire, cutanée, sensorielle, environnementale ou éthique.
Dans un soin, un actif n’existe pas seul. Il interagit avec une base, un pH, une texture, une concentration, une sensorialité, une tolérance globale. Un ingrédient peut être excellent en théorie et ne pas être pertinent dans une formule donnée.
C’est pour cela que la formulation est un choix permanent.
Choisir ce que l’on met.
Choisir ce que l’on refuse.
Choisir les compromis que l’on accepte.
Choisir les ressources que l’on mobilise.
Et dans mon cas, ces choix ne pouvaient pas être uniquement techniques. Ils devaient être alignés avec ma manière de voir le soin.
La peau est vivante. Le reste du vivant aussi.
ANNA THYS est née d’une conviction simple : prendre soin de la peau ne devrait pas se faire au détriment d’autres êtres vivants.
La peau mérite une attention réelle. Elle n’est pas un ennemi à corriger, à décaper ou à dominer. Elle est vivante, complexe, sensible, capable de résilience lorsqu’on respecte son équilibre.
C’est pour cette raison que les soins ANNA THYS sont pensés sans parfum, avec un pH physiologique, une attention particulière portée à la tolérance cutanée et au respect de la barrière cutanée.
Mais cette exigence ne pouvait pas s’arrêter à la peau humaine.
Pour moi, prendre soin ne peut pas être une notion limitée à notre propre confort. Si un soin repose sur l’exploitation animale, sur des matières que je refuse, sur une pression inutile exercée sur des écosystèmes ou sur une vision du vivant comme simple réservoir de ressources, alors il n’est pas cohérent avec ce que j’appelle le soin.
C’est aussi pour cela qu’ANNA THYS refuse les matières d’origine animale, l’huile de palme et ses dérivés, et cherche à privilégier des choix formulatoires plus conscients.
Pas parce que chaque choix serait parfait.
Mais parce que chaque choix peut être interrogé.
Le vivant n’est pas une ressource neutre
Le cas du bisabolol illustre parfaitement ce que je veux défendre avec ANNA THYS.
Un ingrédient peut être connu, efficace, intéressant pour la peau et nécessiter malgré tout une réflexion sur son origine.
Un actif peut venir d’une plante et ne pas être automatiquement le choix le plus respectueux.
Une alternative issue de biotechnologie peut être biosourcée, issue de sucres végétaux, fondée sur un procédé biologique comme la fermentation — et être plus cohérente lorsqu’on regarde l’ensemble de la chaîne.
Ce que je refuse, c’est la vision simpliste.
Je refuse l’idée qu’il suffit d’écrire “naturel” pour que tout soit réglé.
Je refuse aussi l’idée inverse, selon laquelle la technologie serait toujours supérieure.
Ce qui m’intéresse, c’est la cohérence.
Une cohérence entre efficacité et tolérance.
Entre science et sensibilité.
Entre peau humaine et respect du vivant.
Entre formulation et responsabilité.
Pour moi, formuler avec respect, ce n’est pas romantiser le naturel.
C’est regarder l’impact réel de chaque choix.
Pour la peau.
Pour les animaux.
Pour les écosystèmes.
Pour le vivant dans son ensemble.
C’est cette exigence qui guide ANNA THYS.
Références scientifiques
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